Analyses

La tempête à l'horizon pour le cloud computing

La tempête à l'horizon pour le cloud computing

À l'image de la roue ou de l'imprimerie, le cloud computing est passionnant davantage pour ce qu'il rend possible que pour lui-même. On a déjà beaucoup écrit sur ce que le cloud nous permet de faire : du lancement d'entreprises de la nouvelle économie comme Netflix et Airbnb, à l'économie d'argent grâce à l'élasticité du traitement, en passant par l'accès à de nouveaux services et de nouvelles capacités.

Et, bien que la sécurité demeure la préoccupation numéro un lors de la mise en œuvre du cloud, on nous a récemment rappelé de manière très saisissante à quel point une infrastructure dans le cloud peut être plus sûre que sur site, à la faveur de l'attaque par rançongiciel WannaCry et de la défaillance catastrophique et sans rapport des systèmes de British Airways. Toutes deux ont touché des données hébergées sur site.

Pour nous, la sécurité des données n'est que l'un des nombreux problèmes que nous traitons dans la gestion de nos différentes activités. Le métier d'un fournisseur de cloud, c'est la donnée et sa protection ; il devrait donc y exceller plus que vous ou moi.

Trop souvent, nous oublions que, même si le nom paraît vaporeux et intangible, le cloud computing repose sur une infrastructure bien réelle, abritée dans des bâtiments complexes, hautement sécurisés et, diront certains, dignes d'une boîte noire, très probablement situés dans un pays différent du vôtre, de celui de vos clients, et même de celui de votre fournisseur de cloud.

C'est là que le signal d'alarme se déclenche. Non pas parce que des données privées et personnelles sensibles sont déplacées à l'étranger. Franchement, en matière d'accès, grâce à l'augmentation de la bande passante, peu importe que vos données soient hébergées à côté de chez vous ou à l'autre bout de la planète.

C'est plutôt une tempête parfaite qui se prépare, à mesure que la législation tente de rattraper la technologie et la mondialisation des communications numériques. Dans la balance : la protection des données privées et personnelles, mise en regard d'une dépendance croissante à l'égard des données, en particulier des informations chiffrées, pour prévoir et empêcher les actes de terreur, et arrêter les responsables.

Le cloud répand les données à travers le monde, suscitant des inquiétudes quant à la protection des informations personnelles ; en conséquence, plusieurs pays légifèrent sur cette question. En Afrique du Sud, par exemple, les entreprises sont tenues de se conformer à la loi Protection of Personal Information (POPI) récemment adoptée. Cette loi nous aligne sur les meilleures pratiques mondiales en matière de collecte, de traitement, de stockage et de partage des données privées, en fixant les conditions dans lesquelles les entreprises peuvent légalement traiter l'information. La nouvelle loi interdit aux entreprises de transférer des informations personnelles à un tiers dans un pays étranger, sauf si elles obtiennent le consentement au moment de la collecte des informations. Jusqu'ici tout va bien, même si cela représente un certain casse-tête administratif, surtout en période de changement aussi rapide.

Cependant, en réponse aux atrocités récentes et à l'usage que font les organisations terroristes des communications sur internet, des initiatives sont en cours aux États-Unis pour légiférer afin que les données stockées par une entreprise américaine — où qu'elles soient stockées dans le monde — soient accessibles, déchiffrées, aux forces de l'ordre américaines. Ou encore la discussion d'accords réciproques permettant aux pays d'accéder aux informations stockées sur les territoires des uns et des autres, ou bien la « Snooper's Charter » récemment adoptée au Royaume-Uni, qui impose aux hébergeurs des exigences lourdes et illogiques, les obligeant à laisser des portes dérobées dans leur chiffrement pour l'accès des gouvernements. Toutes ces mesures franchissent, ou frôlent, la limite de la confidentialité des données de chacun.

Les sociétés d'hébergement qui ne sont pas des organisations américaines ou britanniques déplaceront simplement leurs activités vers d'autres pays où ces accords n'existent pas. Mais la réalité, c'est que les géants de l'hébergement sont des entreprises américaines, sans parler du fait que le pays abrite une grande partie de l'infrastructure internet mondiale.

Où cela laisse-t-il donc les entreprises du monde entier, désireuses de concrétiser les avantages du cloud computing, mais devant aussi se conformer à des lois adoptées localement comme la loi POPI ? Elles et leurs clients sont-ils tout simplement exclus des avantages, de la croissance et des occasions d'innovation qu'offre le cloud ? Ce qui est certain, c'est qu'elles examineront de très près les implications de leurs décisions en matière de cloud, ainsi que l'endroit et la manière dont leurs données sont stockées.

Certes, la lutte contre le terrorisme est essentielle, mais ne détruisons pas, au passage, la lueur d'espoir qu'offre le cloud.

Tel que publié sur Accountancyweb le 14 juin 2017 https://www.accountingweb.co.uk/community/blogs/kevin-philips/the-storm-on-the-horizon-for-cloud-computing

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