Analyses

La courte durée de vie de l'information dans un monde post-pandémique

The short shelf-life of information in a post-pandemic world

J'ai beaucoup écrit sur la nécessité pour la fonction financière d'une entreprise d'être en mesure de s'adapter rapidement pour suivre le rythme du changement dans le monde en raison de la COVID-19. C'est quelque chose que nous entendons de plus en plus de nos clients et que nous observons sur le marché au sens large. Les cycles de planification annuels sont désormais obsolètes. Les organisations doivent plutôt avoir le doigt sur le pouls de ce qui'se passe sur le terrain aujourd'hui, avec l'agilité intégrée pour réagir rapidement et de manière décisive aux circonstances changeantes. C'est ce qui leur permettra d'éviter les défis, dont il y en a beaucoup, et de saisir les opportunités, qui existent certainement si vous les cherchez.

Deux capacités interconnectées sont essentielles pour réussir. Premièrement, l'équipe de direction doit pouvoir accéder aux informations et aux connaissances des personnes en première ligne. Ce sont les managers et autres employés qui observent les changements au fur et à mesure qu'ils se produisent et qui présentent un sens de ce qui arrive. Dans un environnement en rapide évolution, l'information et les connaissances ont une durée de vie très courte, aussi un accès continu à des informations immédiates et actualisées est essentiel. Deuxièmement, les entreprises ont besoin d'outils et de procédures adéquats pour traiter plus rapidement ces informations et intégrer ces changements dans leurs prévisions ou budgets. Pour aller plus loin, l'équipe financière doit notamment avoir la capacité de tester de nouvelles hypothèses et de réévaluer les prévisions à la volée. Cela garantit qu'elle peut évaluer l'impact des changements et orienter l'entreprise sur les prochaines étapes.

Les entreprises qui ont atteint cette résilience et cette agilité ont mieux résisté, et dans certains cas très bien, durant la crise sanitaire, et continueront à le faire dans un monde post-pandémique. La réalité est que l'incertitude actuelle ne disparaîtra pas une fois que nous serons sortis, comme on l'espère, du choc de la crise sanitaire.

Premièrement, la COVID-19 va avoir une longue traîne, les inégalités vaccinales restant criantes, l'ouverture des frontières étant incohérente et les taux d'infection continuant de fluctuer.

Deuxièmement, les chaînes d'approvisionnement mondiales — à la fois symptôme et moteur de la mondialisation — ont révélé leur fragilité absolue face à la crise sanitaire. Des fermetures de frontières quasi du jour au lendemain aux pénuries de personnel dues aux maladies, en passant par le stockage de composants et l'impossibilité pour les porte-conteneurs d'accoster, nous avons tous mesuré la fragilité de ces chaînes, tant dans notre vie professionnelle que personnelle. Nous sommes désormais plus conscients de l'interdépendance des biens et services à l'égard des aléas de leurs chaînes d'approvisionnement respectives — encore davantage lorsqu'ils sont spécialisés ou propres à une région. Il suffit d'observer les retards dans les appareils connectés, y compris les véhicules équipés de technologies intelligentes, du fait de notre dépendance mondiale aux semi-conducteurs produits en Asie.

La crise sanitaire n'est cependant qu'une variable dans le cube Rubik des dépendances imbriquées qui caractérisent les chaînes d'approvisionnement. Ces dernières sont menacées par un entrelacs de défis supplémentaires : le récent coup d'État en Guinée, par exemple, a fait grimper le cours de l'aluminium à son niveau le plus élevé depuis dix ans. La Guinée est le premier producteur mondial de bauxite, utilisée pour produire l'aluminium, dont plus de la moitié des exportations sont destinées à la Chine. Lorsque les militaires ont fermé les frontières du pays lors du coup d'État, cet approvisionnement s'est immédiatement trouvé menacé.

Outre l'instabilité politique, les décisions politiques ont également perturbé les chaînes d'approvisionnement. La Chine a pris plusieurs décisions politiques intéressantes ces derniers mois, aux répercussions logistiques considérables sur la chaîne d'approvisionnement. Le Brexit en est un autre exemple : les formalités administratives supplémentaires aux frontières constituent l'une des raisons pour lesquelles le Royaume-Uni a connu des pénuries de produits de base en supermarché et une hausse des prix, ainsi que la fermeture temporaire de restaurants et de pubs. Cela a été aggravé par la pénurie de chauffeurs routiers, due au Brexit, à la crise sanitaire, au vieillissement de la main-d'œuvre et à l'évolution de la fiscalité — illustrant la complexité et l'interdépendance des problèmes de chaîne d'approvisionnement. Comme si la pénurie de chauffeurs ne suffisait pas, la flambée des prix de l'énergie a récemment contraint deux usines d'engrais britanniques à fermer. Cela a entraîné une pénurie de CO2 alimentaire, qui provoquera à son tour des pénuries de denrées alimentaires et de nouvelles étagères vides dans les épiceries.

Outre la pandémie et la politique, les chaînes d'approvisionnement sont vulnérables à l'escalade de la crise climatique et à la multiplication des événements météorologiques extrêmes. Cette année seulement, les tempêtes hivernales au Texas ont provoqué une panne de courant et des pénuries connexes d'eau, de nourriture et de chauffage en février. Et en août, l'ouragan Ida sur la côte est des États-Unis a provoqué des retards mondiaux dans le transport maritime.

Enfin, comme si cela ne suffisait pas, la cybercriminalité menace de plus en plus les chaînes d'approvisionnement du fait de la numérisation de tous les aspects des organisations, y compris opérationnels. En mai, l'est des États-Unis a connu des pénuries de carburant après l'arrêt du principal oléoduc du pays, Colonial Pipeline, victime d'une attaque par rançongiciel.

Il n'est plus vrai que lorsque l'Amérique éternue, le monde attrape un rhume. On a véritablement l'impression que nous pourrions être à la merci de l'effet papillon à tout moment. Cela devrait vous convaincre que tout effort visant à soutenir un flux d'information plus rapide et plus réactif, vers des cycles budgétaires et de prévision raccourcis et plus fréquents durant la crise sanitaire, doit aller bien au-delà de mesures d'urgence à court terme.

Si vous ne pouvez pas contrôler, ni même prédire, ces menaces interconnectées pesant sur une chaîne d'approvisionnement ininterrompue, vous pouvez les anticiper. Et vos collaborateurs sont ceux qui vont tirer la sonnette d'alarme concernant la pénurie d'un composant critique ou d'une matière première, ou la qualité dégradée ou le prix gonflé de ce qui est disponible. Aussi, comme pour la crise sanitaire, votre meilleure ligne de défense est l'accès aux informations les plus récentes provenant du terrain de votre organisation et la capacité de vous adapter rapidement en réponse. Ce sont des ajustements essentiels dans la façon dont vous travaillez et dont vous responsabilisez vos collaborateurs, qui peuvent avoir des bénéfices durables.

Publié AccountingWeb septembre 2021